Les Goûts et la Vie

Moments de Vie :

À l’arrêt de bus, un petit d’environ 4 ans vient s’accouder sur ma jambe.
Je me sens un peu gêné au début puis je sens que ça n’inquiète pas son père ni son ‘tonton’ alors je laisse faire.
Ce dernier voyant que je n’étais pas tout à fait à l’aise dit tranquillement ”Abdoul vient, laisse ‘tonton’ tranquille”.
Je le regarde et on échange un sourire, entre ‘tontons’.

Je sens que cette minute passée à l’arrêt de bus d’un quartier ‘populaire’ de ma ville natale vaut tous les voyages…
Je me sens humain, grâce à ce geste plein d’innocence, grâce à cette parole pleine de bienveillance et d’intelligence émotionnelle.

Pourquoi pas voyager dans le quartier d’à côté…
Pour aimer l’autre comme ‘tonton’ ou ‘tata’


Moment de Vie 2 :

À l’arrêt de bus, celui-ci arrive, la porte avant ne s’ouvre pas. Il y a une feuille avec quelque chose d’écrit en rouge, mais c’est flou, je n’ai pas mes lunettes… puis je vois le chauffeur qui me fait signe de monter par l’arrière… ok.
Je rentre, et vois un ruban séparant la cabine et le reste du bus, je comprends que c’est sûrement pour éviter les contacts.

J’ai le temps de lire la feuille, « suite aux annonces présidentielles… ». Ça me rappelle un film, Hunger Game, qu’on avait vu avec des ami.e.s, on avait ri. Puis un autre que j’ai regardé plusieurs fois « Perfect Sense ». Mais là c’est la réalité.

Je trouve intéressant de vivre à cette époque où tout circule très vite : information, virus, intox, vérité. J’entends certain.e.s dire que c’est une occasion de ralentir la course effrénée à l’échelle mondiale, de se poser pour l’humanité prenne un moment d’introspection, faire le bilan du chemin parcouru. D’autres préfèrent voir une énième tentative de manipulation de masse pour faire passer des pilules. Certain.e.s prennent très au sérieux chaque information délivrée par les médias et font confiance à l’État pour se préparer… D’autres continuent de vivre sans peur, en accueillant avec détachement ce qui se passe, ce qui est.
Je suis passé et passe par toutes ces postures. Je sens que moi, et toutes les personnes qui ne suivons pas les infos, avons un degré de sérénité supérieure, restons prudents tout de même.

Dans le bus, je continue ma lecture du Petit Traité de Vie Intérieure de Fréséric Lenoir, j’en suis au chapitre « Apprivoiser la mort », bingo.
Il se réfère à Freud (« Nous vivons comme si nous étions immortels »), Arnaud Desjardins (« L’Occidental oppose au mot « mort » le mot « vie ». L’Oriental lui oppose le mot « naissance »), l’abbé Pierre (« cet homme n’aspirait qu’à la plénitude de la vie éternelle »), Platon (‘’« cette joie n’est offerte qu’au vrai philosophe » […] Parce que, de son vivant, il est « libre et affranchi de la folie du corps », son âme est capable de voir « ce qui est invisible et intelligible »’’), le Christ, Montaigne (« philosopher c’est apprendre à mourir »), Épicure (« Il n’y a plus rien à redouter de la vie quand on sait qu’il n’y a rien à redouter après la vie […]. Car il est vain de souffrir par avance de ce qui ne cause aucune douleur quand il est là. »), Spinoza (« l’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation, non de la mort, mais de la vie »), Marc Aurèle (« agir, parler, penser toujours, comme quelqu’un qui peut sur l’heure sortir de la vie »)… puis il conclut « Et ce n’est pas, au fond, à la mort, mais à la vie que je me prépare ainsi chaque jour »… À méditer.

Qu’est-ce qui pourrait sauver ? L’Amour

Ce moment de vie m’en a fait remémoré d’autres, comme celui-ci : lorsqu’en 2012, sur la Costa Brava, avec des potes de woofing, nous sommes allés jouer de la musique sur une place. C’était la première fois que je faisais ça. Nous avions mis un chapeau, pour voir, pour nous prouver qu’on pouvait créer quelque chose d’appréciable en échange de quelques sous.

On a commencé à jouer, et pas de chance un déluge est arrivé. On est allé se mettre à l’abri avec les passants et on a continué juste pour s’amuser.

Puis une fille vient nous apporter des sandwichs et des yaourts, en nous disant que c’était sa maman qui nous les offraient. Celle-ci restait derrière elle car elle ne parlait que marocain. Elle était retournée chez elle pour nous préparer tout ça, juste pour nous remercier d’avoir égayer ce moment pluvieux.
J’avais rarement été aussi touché par tant de générosité.

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